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Chirurgien-urologue, transhumaniste convaincu, essayiste et entrepreneur français, cofondateur avec Claude Malhuret du site web Doctissimo (qu’il a revendu 139 millions d’euros, dont la moitié pour lui), Laurent Alexandre est un influent soutien de Macron et un proche de Jacques Attali et d’Alain Madelin. Membre du Siècle, chroniqueur au Monde, à l’Express et au Huffington Post, il possède 28 % du journal la Tribune.
Les Gilets jaunes, des « êtres inutiles » destinés à être de plus en plus pauvres et dirigés par une élite de « dieux »…
Lors d’une conférence en janvier 2019 devant les élèves de l’école Polytechnique, cet homme, influent dans les allées du pouvoir et dans les médias, a carrément affirmé que les Gilets jaunes sont des « INUTILES », des êtres intellectuellement inférieurs, incapables de comprendre les enjeux du monde actuel.
Avec un ton de prédicateur d’Apocalypse, il a affirmé en même temps que les élèves des grandes écoles – dont les jeunes polytechniciens venus l’écouter – sont des « DIEUX », qui ont vocation à diriger les masses et à les guider vers la rationalité du XXIe siècle.
Il a également annoncé que les Gilets jaunes verraient leur niveau de vie continuer à baisser année après année tandis que les « élites » de ce « nouveau monde » allaient gagner des rémunérations de plus en plus colossales.
Un homme d’affaires sulfureux, dénoncé par des dizaines de chercheurs et de généticiens.
Ce soutien de Macron, ami d’Attali et de Madelin, n’en est pas à son coup d’essai.
Dans un article publié dans l’Express le 26 avril 2018 – publié avant le début du mouvement des Gilets jaunes – il avait déjà interprété les inégalités sociales comme dues en grande partie à des inégalités génétiques de naissance, en affirmant que « l’ADN détermine plus de 50 % de notre intelligence » et qu' »à l’âge de 50 ans, notre ADN expliquerait 81 % de nos capacités intellectuelles ».
De façon très sournoise et vicieuse, ces affirmations lui permettent – tout en prétendant bien sûr vouloir lutter contre, en « dynamitant le déterminisme génétique » – d’accréditer peu à peu l’idée qu’il y aurait en quelque sorte des sous-hommes, voués à devenir de plus en plus inutiles dans la société de demain. Sauf à avoir recours à des thérapies génétiques. Et il en a profité pour légitimer l’action du ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer.
Ses thèses, et cet article de 2018 en particulier, ont été dénoncées par plusieurs dizaines de scientifiques, qui ont pointé notamment sa mauvaise compréhension du concept d’héritabilité.
Dans une tribune parue dans Le Monde et intitulée « Halte aux fake news génétiques », un collectif d’une vingtaine de chercheurs (dont Jacques Testart, père du bébé éprouvette) a dénoncé Laurent Alexandre, sans le citer directement, et les arguments qu’il propage. Ce collectif a manifesté son inquiétude du « retour d’un discours pseudo-scientifique sujet à toutes sortes d’instrumentalisations ».
Le généticien Axel Kahn s’est également insurgé contre les propos de Laurent Alexandre, en s’indignant que celui-ci se soit fait « le continuateur enthousiaste de la vieille droite anglo-saxonne eugéniste, inégalitariste, à l’occasion raciste. Il vient d’asséner froidement que les riches étant génétiquement plus intelligents que les membres des basses classes sociales, il faut admettre la faible utilité des approches sociales ».
Et Axel Kahn a démonté la vision de Laurent Alexandre, en se fondant sur des arguments scientifiques.
L’eugénisme des États-Unis et de l’Allemagne nazie des années 1920-1940
Les thèses et la vision du monde de Laurent Alexandre font froid dans le dos car, comme l’a rappelé Axel Kahn, elles font craindre un grand retour des thèses eugénistes, qui furent développées aux États-Unis et dans l’Allemagne nazie des années 1920-1940.
Avant même l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir, une majorité de scientifiques et une large partie de la classe politique allemande étaient favorables à l’eugénisme. Le concept pseudo-scientifique d’hygiène raciale avait été inventé bien avant le nazisme.
Hitler s’est notamment inspiré du courant eugéniste américain illustré entre autres par Madison Grant. Hitler considère ainsi en 1924 à propos des États-Unis qu’« il y a aujourd’hui un pays où l’on peut voir les débuts d’une meilleure conception de la citoyenneté ».
La politique eugéniste propre à l’Allemagne nazie s’insérait dans un programme plus vaste que l’on peut qualifier d’« eugénico-raciste » et dont les objectifs essentiels étaient :
– d’une part un « eugénisme positif », dit d' »amélioration de la race », destiné à favoriser la fécondité des humains considérés comme supérieurs (politique nataliste, soutien familial, pouponnières, lebensborn…) ;
– d’autre part un « eugénisme négatif », dit de « défense raciale », destiné d’abord (dès 1933) à éliminer des maladies héréditaires, puis tout groupe humain considéré comme racialement inférieur ou « impur », ou encore socialement indésirable.
Conclusion : un nouvel indice inquiétant de la dérive anti-démocratique et fascisante du régime de Macron
Souvent qualifié de « provocateur » et d' »excessif », Laurent Alexandre n’en est pas moins un ardent soutien de Macron et de Blanquer, un ami d’Attali et de Madelin, un personnage qui dispose d’une influence certaine dans les sphères politique, éducative et médiatique du pays.
Or, que cela plaise ou pas, force est de constater que les propos de Laurent Alexandre sont désormais très voisins de la vision criminelle de l’humanité des eugénistes des années 1920-1940.
Il suffit de considérer qu’il ne fait que remplacer le concept de « race » par celui « d’intelligence », et qu’il adopte des formulations moins explicites et plus prudentes que celles de l’Allemagne nazie. Mais le fond cynique, inhumain, dépourvu de toute vision transcendante de l’Homme, est affreusement le même.
Plus grave encore, le cas de Laurent Alexandre n’est pas un cas isolé. Son discours qui suinte le mépris de classe, et le mépris tout court, – sous un vernis de paternalisme qui ne trompe que ceux qui le veulent bien -, se développe de façon inquiétante chez les européistes et les suppôts de Macron.
C’est un nouvel indice inquiétant – très inquiétant – de la dérive anti-démocratique et fascisante du régime de Macron.
« Ils
auront matraqué des personnes âgées, frappé des handicapés en
chaise roulante, tiré au LBD sur des ados, agenouillé des classes
entières, lancé des grenades à l'intérieur des appartements, tué
une vieille dame, visé les yeux, arraché des mains. Ils auront tout
fait, la police à Macron. » (*)
Ceci
est le début d'un article dans lequel Frédéric Lordon pose la
question récurrente :« Qu'est-ce que
la violence légitime ? »
Ce
questionnement est d'autant plus important que le mouvement social
voit, aujourd'hui, se dresser face à lui un mur quasi
infranchissable, où toutes les issues de secours « légalistes »,
« républicaines » , « démocratiques »,
sont murées, où les moyens traditionnels « non-violents »
se révèlent inopérants, non seulement ne suffisent plus mais
entraînent des réponses violentes de la part de l'État : en
témoigne le gazage, matraquage de simples manifestants pacifistes
par des policiers en pleins délires !
Du
jamais vu en France depuis les manifestations des années 1960 contre
la guerre d'Algérie, voire durant les années 1968 et suivantes !
Comment
peut-on en être arrivé à une telle dérive autoritaire qui
s'apparente de plus en plus à une véritable « Marche vers la
dictature » ?
Nota :
il est intéressant de noter à propos de l'élection d'Emmanuel
Macron qu'il est le premier Président de la Ve
République à ne pas être issu d'un parti, mouvement politique, à
n'avoir jamais été un élu local. Tous ses prédécesseurs
représentaient une force politique liée à l'histoire du mouvement
ouvrier ou à celle politique de notre pays. Avec Macron, le
capitalisme, horizon indépassable, tente de faire croire qu'il n'y a
plus de combat idéologique à entreprendre, qu'un banquier est tout
à fait capable de gérer le pays comme on gère une entreprise !
Cela
ressemble étrangement au vieux rêve du « mouvement
synarchique » de l'entre deux guerres : faire gérer le
pays par des « experts » à la place des « politiques »
issus du peuple.
Sommes-nous
en République, en démocratie, quand :
Emmanuel
Macron gouverne, alors qu'il représente moins de 20 % du corps
électoral (16 % au 1er
tour des élections) tout en ayant la majorité à l'Assemblée !
Il
est établi qu'il a été « fabriqué » par quelques
milliardaires, pour représenter et servir la Haute finance (cf.
livre « Crépuscule »
de Juan Branco).
Entouré
de quelques ministres croupions, il décide de tout sans avoir à
tenir compte des députés ou sénateurs, grâce aux « procédures
dites accélérées », grâce à l'utilisation de « l'article
49.3 » lui permettant d'éviter les votes du Parlement.
À
noter que cet article 49.3 appartient à la Constitution de 1958, et
qu'il n'a jamais été remis en cause par la droite ou par la
gauche !
-
Le Défenseur des droits, le Conseil d'État, la Commission
consultative des droits de l'homme, la Ligue des Droits de l'Homme
(association loi de 1901), comme la plupart des institutions ne sont
pas écoutées et ne sont, de toute façon, pas en mesure de
sanctionner le gouvernement qui fonctionne en « mains libres ».
-
Des instances européennes comme le Conseil de l'Europe, le Parlement
européen, des organisations internationales (celles de l'ONU),
peuvent toujours demander l'arrêt de la répression policière,
l'arrêt de l'utilisation d'armes de guerre contre des manifestants
(par exemple : LBD, gaz lacrymogène), rien n'y fait.
-
La corruption s'étale à tous les étages, pas une semaine sans un
scandale politico-financier mettant en cause un ministre ou un député
de LREM. Et ce sont ces hommes pesant des millions d'euros, en
gagnant 10 à 30 000 (et plus) chaque mois, qui nous expliquent
que l'on peut vivre avec 1 000 € !
Pour
reprendre Juan Branco, avocat et journaliste :
« Ils
ne sont pas corrompus, ils sont la corruption ».
Sous
couvert de directives européennes, le pouvoir détruit plus d'un
siècle de conquêtes sociales, et au nom de la lutte antiterroriste
s'est doté de moyens considérables de surveillance de la
population, de criminalisation de toute contestation...
Ce
gouvernement ne tient plus que par :
Le
délire répressif des forces de l'ordre, avec des milliers d'images
témoignant de labestialité des
policiers, certains au bord de l'orgasme, hurlant de bonheur à
chaque impact de LBD. La police a cessé d'être républicaine, si
tant est qu'elle l'ait été un jour.
1 700
blessés dont 100 à la tête, 24 éborgnés et 5 mains arrachées.
Il y aura eu en quelques mois autant de blessés qu'en 20 ans, ce qui
fait dire à Frédéric Lordon : « la
police française est dans la fange ».
La
corruption des juges criminalise les victimes des violences
policières. Face aux centaines de preuves de bavures, l'IGPN nie
par principe toute violence policière, répond par la perte de
dossiers, de témoignages, par l'impossibilité d'enquêter
(argument d'autant plus facile quand les policiers portent des
cagoules et omettent de porter leurs matricules RIO).
À l'inverse
ce sont des milliers de manifestants qui depuis un an ont subi les
« gardes à vue », les « comparutions immédiates »,
voire l'emprisonnement pour des raisons fallacieuses !
Au 30 juin
2019, 3 163 condamnations ont été prononcées, dont plus de
1 000 à de la prison ferme (de quelques mois à 3 ans). Dans le
même temps seuls 2 ou 3 policiers auteurs de violences graves et
manifestes ont été très légèrement sanctionnés !
La
veulerie, soumission des grands médias, aux mains des quelques
milliardaires qui ont « fabriqué » et mis en scène
Emmanuel Macron afin de les représenter au plus haut niveau de
l'État.
On
peut très aisément comparer les commentaires haineux de certains
éditocrates à l'égard des Gilets jaunes ou des syndicalistes, avec
ceux tenus à l'égard des communards en 1870 par quelques
intellectuels :
« Je
trouve qu’on aurait dû condamner aux galères toute la Commune et
forcer ces sanglants imbéciles à déblayer les ruines de Paris, la
chaîne au cou, en simples forçats. Mais cela aurait blessé
l’humanité. On est tendre pour les chiens enragés, et point pour
ceux qu’ils ont mordus. »(Gustave
Flaubert)
Est-ce
si éloigné de Luc Ferry proposant que l'armée tire à balles
réelles, de Ségolène Royal approuvant le fait de mettre à genoux
des lycéens, d'Olivier Truchot, « journaliste »
sévissant sur RMC et BFM TV, traitant les Gilets jaunes de « Cas
sociaux », etc.
Pour
clore ce point, s’il y a une grande leçon à tirer du mouvement
des Gilets jaunes, c'est d'avoir mis en lumière le vrai visage de
l'État, celui qui par nature n'a qu'un but, l'oppression, la
domination du peuple grâce à ses pouvoirs régaliens de police et
de justice, sans oublier la complicité des médias à sa botte !
Au
service du capitalisme, hier comme aujourd'hui, la bourgeoisie porte
en elle les mêmes peurs et la même haine du peuple, dès lors que
celui-ci ose sortir de sa niche !
Dès
lors, quels moyens de résistance non-violente les travailleurs, les
citoyens ont-ils face à l'oppression économique, face à
l'oppression sociale et politique quand :
La
seule distribution d'un tract sur un marché est passible d'amende ?
Le
port de lunettes pour se protéger des gaz lacrymogène est
considéré comme la détention d' « armes par destination ».
Le
fait de protester contre les coups d'un policier peut amener à une
garde à vue pour outrage à « Personne dépositaire de
l'autorité publique ».
Les
utilisateurs des réseaux sociaux savent ce qu'est la « police
d'opinion » avec les censures sur Facebook, les convocations
au commissariat pour un article jugé outrageant (qui juge de
l'outrance ?)…
Depuis
la lutte des lycéens contre le CPE, l'État s'est adapté et
désormais un lycéen manifestant contre la réforme du Bac est
susceptible au-delà d'une arrestation, d'être sanctionné par un
zéro à un examen qu'il n'aura pas passé !
Etc.
Visiblement
les situations ci-dessus révèlent un fort niveau de violence de la
part des citoyens !
À
propos de la « violence », la définition de l'État est
claire :
Il
détient le monopole de la violence,
Toute
autre violence est illégitime,
Seule
la violence de l'État est légitime.
Autrement
dit :
« Il
ne peut pas y avoir de violence policière puisque la police est
l'État et que la violence d'État est légitime ! »
C'est
ce que l'on appelle le « maintien de l'ordre républicain » !
Nota :
un
agent de la RATP qui s'est interposé, pour protéger une infirmière
matraquée par la police, s'est retrouvé en garde à vue avant
d'être déféré au tribunal pour outrage et rébellion !
Est
connue également l'histoire de Christophe Dettinger, condamné à 1
an de prison ferme, actuellement en semi liberté, pour avoir boxé
des policiers qui venaient de frapper une femme à terre !
Ne
pas intervenir aurait été plutôt une « Non-assistance à
personne en danger », mais ce sont là des propos certainement
trop violents...
Le
problème est que le discours de l'État sur ce qui est ou non
légitime, ce qui est ou non violent, est intégré depuis des
lustres par la population en général et par les militants en
particulier, y compris dans les milieux dits révolutionnaires. Au
nom du dogme de la « non-violence », cela fait des
décennies que la contestation se déroule essentiellement par des
manifestations déclarées à l'avance, à des heures et dans des
lieux bien précis, bien encadrées par les forces de l'ordre qui
sifflent la fin de la récréation à l'heure dite.
Mais,
à partir du moment où le peuple ne reconnaît plus un gouvernement,
est-il en droit de lui refuser sa légalité ?
A
t-il le droit de remettre en cause sa légitimité ?
Les
citoyens, les travailleurs, la jeunesse ont-ils le droit d'user de
moyens, y compris « violents » pour obtenir gain de
cause ?
La
réponse existe et s'exprime au travers de l'article 35 de la
Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793 :
« Quand
le gouvernement viole les droits
du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion
du peuple, le plus sacré des droits
et le plus indispensable des devoirs ».
Cet
article issu de la Déclaration de 1793, plus égalitaire que celle
de 1789, n'a jamais été appliqué. Il fut rejeté par 53 % des
voix dans le projet de Constitution de 1946 et, ne faisant pas partie
du « Bloc de constitutionnalité », il n'a aucune valeur
juridique sous la Ve
République.
Alors,
comment se défendre face au système sans confrontation ?
Peut-on
croire encore que la non-coopération, la désobéissance civile
peuvent suffire à « renverser la table » ?
L'occupation
non-violente des ronds-points par les Gilets jaunes a duré le temps
qu'il fallait au pouvoir pour mesurer les dangers de contagion de la
contestation auprès des citoyens. Résultat : ces lieux de
rendez-vous populaires, véritables lieux de fraternité,
d'apprentissage militant ont été rapidement interdits !
Voilà
une preuve supplémentaire des limites de la non-violence !
Les
manifestations exclusivement non-violentes amènent tout au mieux
l'État à changer les apparences, en mettant un « nouveau roi
sur le trône », mais ne s'attaquent pas aux racines de
l'oppression, en laissant la même élite poursuivre l'exploitation
du plus grand nombre.
Si
la non-violence reste un discours, dogme encore bien ancré dans les
mouvements sociaux (surtout chez les militants pacifistes, moins chez
les révolutionnaires), elle serait de plus en plus extérieure à
ces mouvements, en témoignent des actions qui tentent à se
radicaliser :
Ceux
qui organisent et pratiquent l'autodéfense contre la police,
Ceux
qui murent la permanence d'un élu politique ou la détruisent,
Ceux
qui sabotent une entreprise comme au temps du Père
peinard,
Ceux
qui occupent une station de radio, télévision, et y prennent la
parole,
Ceux
qui détruisent ces fameux « biens publics » que sont
les banques, panneaux de publicité, etc.
Nota :
Quant
à ces fameux émeutiers du Black
bloc,
que les médias font passer pour des terroristes, il est intéressant
de noter qu'ils se gardent bien de parler des actions de
« réappropriation » dans des grandes surfaces, suivies
de redistributions dans les quartiers pauvres (cf.
actions sur divers G7, G8). Sans oublier par ailleurs les stratégies
policières, consistant à « se déguiser en Black
bloc »,
histoire de faire peur, de décrédibiliser un mouvement de
contestation.
Comme
le dit Peter Gelderloos dans son livre « L'échec
de la non-violence » :
«...Depuis
une vingtaine d'années de plus en plus de mouvements sociaux et de
révoltes contre l'oppression et l'exploitation ont éclaté à
travers le monde, et dans leurs rangs, nombreux sont ceux qui ont
compris que la non-violence ne fonctionne pas... ils découvrent
aussi qu'il n'y a aucune chance pour que la non-violence dogmatique
entraîne un changement révolutionnaire dans la société... »
Aucun
continent n'échappe aux multiples émeutes qui secouent les pays.
Partout et à des degrés divers, les peuples refusent la légitimité
de la violence étatique, tout en ne voulant pas, de manière
générale, utiliser à leur tour la violence. Le Black
bloc reste dans l'instant
la forme mondialisée du refus radical du capitalisme et de l'État ;
il est donc logique qu'il soit taxé de « terroriste »,
puisqu'il s'octroie le droit d'utiliser à son tour la violence,
monopole de l'État !
L'acceptation
que « La violence est le monopole de l'État » amène
également certains syndicalistes, certains non-violents, à
identifier et dénoncer ces « mauvais manifestants » !
En
attendant cette
radicalisation est bien la preuve que la non-violence a atteint ses
limites, qu'elle n'a jamais pu et ne pourra jamais résister à la
puissance oppressive et répressive de l'État, qui s'est doté
progressivement d'un véritable arsenal, dont des armes de guerre,
des drones de surveillance, etc.
Sans
droit à la riposte aucun changement possible !
Et
c'est bien cette crainte d'une radicalisation qui amène l'État à
préférer avoir à faire à un mouvement pacifiste plutôt qu'à un
mouvement combatif violent.
De
là à dire que la non-violence protège l'État !
Face
à tous ceux qui rétorquent que le renversement par la violence
révolutionnaire d'une dictature amène une nouvelle dictature, il
est possible de simplement rétorquer qu'effectivement cela se
produit lorsque la violence est accaparée par un mouvement
autoritaire, qu'elle n’est pas contrôlée par le peuple (cf.
révolution bolchevique).
Les
mêmes pacifistes invoquent Gandhi et Martin Luther King comme
modèles de la non-violence en oubliant qu'en Inde comme en Afrique
du Sud, on a pu assister à des « Révolutions politiques »
mais certainement pas à des « Révolutions sociales » :
le système des castes existe toujours en Inde et les mêmes riches,
blancs ou noirs, dominent l'économie sud africaine !
Dans
ces deux pays, comme dans d'autres, les rapports économiques et
sociaux n'ont pas changés.
Si
la majorité des révolutions armées ont mis en place de nouvelles
dictatures, il n'y a jamais eu de révolution non-violente !
Et
on peut rajouter que les tentatives de révolutions non-violentes
n'ont pas empêché des répressions violentes !
Peter
Gelderloos ajoute :
« La
non-violence a échoué au niveau mondial. Elle s'est révélée une
grande amie des gouvernants, des partis politiques, des services de
police et des ONG ; elle est une traîtresse à nos luttes pour
la liberté, la dignité et le bien-être (*) »
Combien
de leaders des divers mouvements de contestation, de 1968 par
exemple, se sont montrés opportunistes et ont fait carrière en
politique, dans de grandes administrations ?
Le
problème est que la minorité restée fidèle à son héritage n'est
toujours pas prête à questionner la validité de la
« non-violence » comme moyen principal d'action
révolutionnaire.
Il
semble évident que nous « avons
besoin de luttes sociales bien plus fortes si nous voulons vaincre
l'État, le capitalisme, le patriarcat qui nous oppriment et nous
exploitent, pour créer un monde fondé sur l'entraide, la
solidarité, la libre association, sur des relations saines entre
nous et avec la terre »
(*).
La
non-violence occulte la violence structurelle de l'État, violence
bien plus importante que celle des travailleurs, citoyens en lutte
pour s'émanciper.
Les
organisations pacifistes qui demandent à ce que ceux qui se rendent
à une manifestation le fassent sans apporter une arme (casque,
bâton), mais ne font rien pour désarmer la police, protègent en
fait la violence de l'État.
Que
faut-il faire alors pour n'être pas taxé de « violent » ?
Mettre
un nez rouge, un tutu ?
Faire
du tam-tam et danser devant les CRS ?
Les
embrasser comme nous y invite le chanteur Renaud ?
Nota :
Cela
ne s'apparente t-il pas à la référence chrétienne inscrite dans
la Bible, où, selon Mathieu, « face
à une humiliation, il faut tendre l'autre joue ».
Donc
ne pas répondre à la violence par la violence !
Aujourd'hui
en France, Il nous faudrait accepter de mettre en péril notre
intégrité physique, et même nos vies en se rendant à une
manifestation ! C'est d'ailleurs, pratiquement au mot près, ce
que Macron ou Castaner ont osé dire à propos des Gilets jaunes (cf.
Mme Legay, à Nice)
Au
bout du compte, le mouvement pacifiste non-violent milite contre les
guerres ouvertes, mais critique la résistance armée. Ainsi les
compagnons espagnols de 1936, les résistants de 1940 auraient, à
les écouter, eu tort de prendre les armes !
Je
connais nombre de pacifistes qui tiennent ce discours...
Sans
commentaire, les militants espagnols et les résistants de 1940
apprécieront !
Cela
ne peut qu'expliquer que ces pacifistes non-violents semblent bien
s'accommoder des violences liées à la « guerre sociale »
menée par le capitalisme, violences certes différentes, moins
visibles, mais qui font autant de victimes que les guerres ouvertes.
Cela
est particulièrement vrai dans les divers mouvements sociaux de ces
dernières années, tel le mouvement des « indignados »
en Espagne, qui pour paraître respectable déclara violente toute
« action illégale » ! « Occupy
movement » aux
États-Unis rejeta toute occupation de rues parce qu'illégale,
violente, etc.
Au
plan du langage, il est dramatique de constater qu'au nom du « dogme
de la non-violence », des pacifistes en arrivent à tenir le
même discours que leurs oppresseurs !
Qu'on
le veuille ou non, la non-violence participe au rétablissement de
l'ordre et à la pacification des révoltes.
Les
notions de « violence », « non-violence »
doivent être réfléchies en termes d'efficacité, et non de
« morale » ; les révoltes sociales de ces dernières
années, dans divers pays, ont pu être efficaces quand il y avait
pluralité des méthodes d'actions et différentes stratégies de
résistance. S’il n'y a pas « une bonne et unique stratégie »
pour mener à la révolution, on peut au moins rendre nos révoltes
plus efficaces en diversifiant les actions, y compris « illégales »,
y compris « violentes » :
Le
temps des manifestations « tour de manège » chaque
semaine, autour d’une place est inefficace. Que dire de ces
samedis après-midis où les boulevards se transforment en une
grande partie de chasse, entre les lapins jaunes coursés par les
CRS chasseurs en plein délire !
Le
temps des stationnements devant une Préfecture (fermée bien sûr),
devant la permanence d'un député, avec prise de paroles du leader
syndicaliste local, est démobilisateur.
Le
temps de la distribution de tracts devant une grande surface, une
entreprise est inopérant, s’il n'est pas suivi d'autres actions.
Quand on sait le vol colossal de l'entreprise Carrefour, qui
licencie des milliers de travailleurs tout en empochant des
centaines de millions d'euros au titre du CICE, on est en droit de
ne pas se contenter d'un simple tract de dénonciation !
Dans
une période où la barbarie du capitalisme n'a plus de limites, où
l'État apparaît comme jamais son serviteur zélé, Il est urgent de
revenir à des actions directes qui amène la peur à changer de
camp.
Il
ne s'agit pas ici d'un « appel au meurtre », d'agressions
physiques gratuites, mais bien d'inciter à des actions beaucoup plus
radicales, violentes :
L'autodéfense
en réponse à l'hystérie policière est-elle une violence ?
Non,
à moins d'accepter de payer son engagement militant par une atteinte
à son intégrité physique !
L'occupation
d'une station de radio (cf.
RMC en janvier 2020, à Béziers) avec prise de parole, par la force
s’il le faut, est-elle une violence ?
Non,
à moins de considérer normal d'être injurié à longueur de
journée par les éditorialistes des grands meRdias !
Il
est rassurant de constater que le mouvement des Gilets jaunes, comme
les manifestations contre le projet de réforme des retraites,
amènent des hommes et des femmes a déborder les consignes de
« légalité » données par les grandes centrales
syndicales, pour passer à des actions plus radicales, spontanées,
créatives.
Sans
cette diversité des méthodes d'actions, recourant y compris à des
actions violentes, le risque est que chacune de nos révoltes n'amène
au bout du compte qu'à un simple changement politique.
La
révolution ne peut qu'être sociale, une révolution renonçant à
tout régime politique, abattant le capitalisme, en abolissant les
classes, etc.
L'histoire
démontre que les organisations politiques de gauche, voire d'extrême
gauche qui prônent la non-violence, ne cherchent en définitive qu'à
prendre le pouvoir et le conserver pour leur propre intérêt. Ces
« révolutions politiques » ne sont en fait que les
récupérations de nos révoltes, ce que dit Vaneigem dans la chanson
« La vie s'écoule, la vie s'enfuit » :
« Parti
des rouges, parti des gris, toutes nos révolutions sont trahies » !
La
grande force de la démocratie est de donner l'illusion que la « paix
sociale » est possible dans une société fondée sur
l'exploitation et la domination. Et c'est bien le consentement de la
majorité à cette imposture, la croyance en une contestation qui
resterait dans la « légalité », le recours strict à la
« non-violence », qui nous amènent à cette réalité
déprimante, où une majorité de femmes et d'hommes restent encore
persuadés que le seul vote peut modifier leur état !
L'imposture
va loin : ainsi des partis politiques ayant appelé à voter
Macron (pour faire barrage à le Pen) sont dans la rue afin de
contester le même homme, tout en sachant que dans deux ans, ils
appelleront à revoter Macron pour refaire barrage à la même
marionnette, bien utile !
On
sait pourtant que la nature même des élections est d'éviter les
révolutions, comme c'est la nature de tout gouvernement de
s'empresser de définir leur légitimité, en qualifiant de violent
les contestataires.
Aujourd'hui
au XXIe
siècle, la capacité de destruction du capitalisme, véritable
propriétaire des États, n'a jamais été aussi grande. Face à
cette réalité, il est urgent de reconsidérer la question de la
violence ou de la non violence ; on ne peut plus en rester à
des dogmes devenus obsolètes parce qu'inefficaces.
Notre
morale n'est pas celle du capitalisme ! Ni de l'État !
C'est
aux travailleurs, citoyens de définir ce qui est légitime ou non,
et c'est à eux de décider des actions à mener, dans la pluralité.
Et
que ces actions soient considérées violentes par l'État ne doit
pas être notre préoccupation !
« La
soumission de l'opprimé relève de l'ordre établi. Qu'il rompe cet
ordre en brisant ses chaînes et en frappant le maître, voilà le
scandale. Dans la langue des maîtres devenue langue commune, le
violent n'est pas celui qui fait violence, mais le vilain qui ose se
rebeller. » (revue
Tilmut,-luttes sociales)
Michel
D.
Libre
penseur, Anarchiste
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(*)
Article de Fréderic Lordon, paru dans le
Monde diplomatique,
janvier 2020.
Illégitimité de l’exercice du pouvoir par Emmanuel Macron.
La disparition de la séparation des pouvoirs.
Nous avons vu dans une première partie que dans un système de démocratie représentative, pour qu’une majorité électorale puisse imposer son point de vue à la minorité, il était nécessaire que les représentants élus soient parvenus au pouvoir dans des conditions régulières et après un scrutin que l’on peut qualifier incontestablement de « sincère ». Et que cela soit reconnu comme tel par le corps social. C’est ce qui construit la première branche de la « légitimité » des gouvernants. Nous avons vu que l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron à ce point illégale et irrégulière pouvait s’apparenter à une forme de coup d’État. Raison pour laquelle s’est installée dans l’opinion publique et dès le début de son mandat l’idée que cet homme « n’était pas sa place ».
Mais ensuite pour gouverner, toujours dans une démocratie représentative, même si l’on est régulièrement parvenu au sommet de l’État, il est aussi nécessaire de construire et de préserver en continu sa légitimité et celle de tout le dispositif dans lequel on exerce le pouvoir. C’est la deuxième branche de la légitimité et le moins que l’on puisse dire, de ce point de vue, celle de Macron est simplement anéantie.
Rappelons que démocratie représentative, est un système institutionnel minutieux et pragmatique qui doit organiser une domination de la majorité ACCEPTÉE par la minorité. Quelles sont les conditions impératives de cette acceptation ? D’abord, nous l’avons vu, que les représentants de la majorité prennent le pouvoir après une élection régulière dont la sincérité ne peut être mise en doute. Ensuite que ce pouvoir ait une DURÉE LIMITÉE, pour que ce qui a été fait durant le mandat, puisse être remis en cause après l’élection suivante en cas de changement. Et enfin que le pouvoir s’exerce dans un cadre strict qui est celui d’une Constitution et d’une organisation des pouvoirs publics qui prévoient séparation, équilibres et contrôles. Évitant ainsi les excès et validant en continu l’acceptation de la minorité battue lors du scrutin. Élaborée par Locke et Montesquieu la théorie de la séparation des pouvoirs vise donc à séparer les différentes fonctions de l’État, afin de limiter l’arbitraire et d’empêcher les abus liés à l’exercice de missions souveraines. C’est cette organisation des pouvoirs publics qui s’applique chez nous depuis l’avènement de la IIIe République.
Nous allons voir que de la même façon que son arrivée au pouvoir était illégale et par conséquent illégitime, Macron exerce celui-ci dans un cadre qui n’a plus grand-chose à voir avec la légalité institutionnelle d’une démocratie représentative.
Une constitution en lambeaux
Ayant perdu toute sa cohérence la pauvre Constitution du 19 octobre 1958 est dans un triste état. Amoindrissement drastique de la souveraineté du pays au profit de l’UE, réformes visant systématiquement à en trahir l’esprit, volonté permanente de réviser notre texte fondamental qui est pourtant l’outil fondamental du fonctionnement de nos institutions, c’est une surenchère permanente. Notre Constitution devenue un vague torchon que la classe politique considère comme le réceptacle de toutes ses démagogies et les gouvernants un colifichet inutile. Des 92 articles initiaux, après une bonne trentaine de révisions (!) il n’en reste aujourd’hui que 30 dans une Constitution qui en compte désormais 108. Et n’a plus grand-chose à voir avec le texte proposé par Charles de Gaulle et adopté par le peuple français avec 82 % des voix en octobre 1958. Emmanuel Macron n’est pas seul responsable de cette catastrophe, tous les successeurs du fondateur de la Ve République s’y sont mis gaiement. Cependant, avec sa volonté de réforme il a clairement montré qu’il entendait finir le travail. « Il ne faut toucher aux lois que d’une main tremblante » disait Montesquieu, alors que dire de la Loi Fondamentale ?
L’abaissement drastique de la valeur normative de la Constitution a ainsi permis à Emmanuel Macron de mettre en place un nouveau système à valeur de nouveau régime qui entretient des rapports très lointains avec un système légitime de démocratie représentative.
Le « pouvoir législatif » incarné par un parlement croupion enrégimenté par le pouvoir exécutif
La catastrophe institutionnelle provoquée par l’adoption du quinquennat voulue par Jacques Chirac combinée avec l’inversion du calendrier décidée par Lionel Jospin a complètement transformé le pouvoir législatif en France. On avait beaucoup reproché à la Constitution de 1958 d’avoir trop renforcé le pouvoir exécutif et affaibli le pouvoir législatif après les excès du régime d’assemblée de la IVe République. C’était assez vrai, mais cela avait apporté outre la stabilité, un nouvel équilibre dont les trois cohabitations ont démontré qu’il pouvait fonctionner. Cette réforme irresponsable a provoqué la transformation de ce qui devrait être un pouvoir séparé en un outil technique donné au président élu pour faire ce qu’il veut. Les élections législatives de juin 2017 ont vu un taux d’abstention colossal de près de 60 % des inscrits. L’Assemblée nationale n’a donc plus aucune représentativité politique, sociologique, sociale économique digne de ce nom. Deux exemples qui démontrent l’inanité du système : les ouvriers et les salariés d’exécution des services sont autour de 40 % de la population active de notre pays ils ont… zéro représentant à l’Assemblée. Marine Le Pen candidate du Front National à la présidentielle de 2017 a recueilli au deuxième tour près de 11 millions des voix. Son parti dispose de… six députés, situation malsaine sur le plan démocratique. Alors certes, ce sont les abstentionnistes qui ont eu tort, comme les Français acceptant la forfaiture du référendum de 2005, élisant ensuite les artisans du forfait, et acceptant sans barguigner le coup d’état de mai 2017. Mais cette passivité, à laquelle ils semblent enfin avoir renoncé n’a pas donné à tous ces événements la moindre légitimité démocratique.
Une Assemblée nationale non représentative ce serait déjà grave, mais le problème c’est sa composition. Pour LREM, recrutés sur CV par Jean-Paul Delevoye (!) y voisinent commerçants faillis, aventuriers, opportunistes sans principe, incompétents notoires et parfaits ahuris dont la seule caractéristique est d’obéir au doigt et à l’œil aux gardes chiourmes nommés par Macron pour les surveiller. Et les punir si jamais ils renâclent.
Ce parlement croupion humiliant pour la France, est fort utile à Emmanuel Macron qui l’a complètement enrégimenté. Il n’est que de voir comment sont fixés les ordres du jour, proposés des textes liberticides adoptés sans aucune discussion véritable pour mesurer l’ampleur du désastre. Et si jamais le Sénat qui n’a pourtant aucun pouvoir directement normatif s’avise de rechigner, en totale violation de la séparation des pouvoirs Macron lui-même suivi de ses aboyeurs crétins se permet de l’insulter.
Le constat est aujourd’hui sans appel, non seulement la France ne dispose plus d’un pouvoir législatif digne de ce nom, mais l’organe dévalué qui en tient lieu a été absorbé par le pouvoir exécutif.
Législatif et exécutif ne sont plus séparés dans notre pays.
Le ralliement à l’exécutif du pouvoir judiciaire
La question du « troisième pouvoir » se complique un peu en France dans la mesure où le « pouvoir judiciaire » le troisième de la trilogie de la séparation s’exerce chez nous au travers de quatre ordres de juridictions constitutionnel, judiciaire, administratif, financier. Coiffés chacune par une forme de Cour suprême. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué…
C’est le seul « ordre judiciaire » celui coiffé par la Cour de cassation qui est qualifié dans la Constitution « d’Autorité judiciaire ». Mais ce sont les quatre qui exercent chacun pour sa part la mission de contrôle global que l’on peut qualifier de « pouvoir judiciaire ». Qui est là justement pour assurer les équilibres voulus par le principe de séparation des pouvoirs. Et c’est le ralliement de ces quatre ordres de juridiction au macronisme qui pose désormais un problème considérable.
La terrible défaillance de la justice judiciaire
Celle-ci est malheureusement très documentée aujourd’hui. Pour des raisons sociologiques idéologiques, économiques et politiques, l’appareil judiciaire et la magistrature ont massivement rallié le pouvoir macroniste et se sont mis spontanément à son service. Même si on peut sentir quelques frémissements dans les juridictions d’appel depuis quelques semaines et espérer peut-être un certain ressaisissement, la confiance de l’opinion publique dans cette justice est tout simplement détruite. Et pour longtemps.
La mise au service d’Emmanuel Macron s’est faite de quatre façons :
• l’instrumentalisation de la justice pénale à l’égard des opposants politiques, François Fillon, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, et Gérard Collomb en savent quelque chose, on n’y reviendra pas.
• La protection des amis du président soit carrément par des refus de poursuites, soit par une mansuétude grossière. D’Alexandre Benalla à Richard Ferrand, en passant par Muriel Pénicaud, Patrick Sztroda, Alexis Kohler, Ismael Emelien, Lionel Lavergne, François Bayrou, Isabelle Goulard, etc. etc.
• Le pire de tout par la mise en œuvre sans aucun état dame d’une répression de masse sans précédent contre le mouvement social des gilets jaunes qui a vu se multiplier procédures et gardes à vue illégales, procédures de comparution directe abusives ayant abouti en un semestre à plus de 3000 condamnations et à plus de 1000 peines de prison ferme (!) Parfois complètement absurde. Cette violence judiciaire a été exécutée avec un zèle intraitable sans probablement avoir besoin d’être encouragé par le pouvoir en place.
• Enfin l’autre catastrophe de cette violence policière totalement débridée et qui a complètement effaré les observateurs étrangers, et dont des centaines de vidéos témoignent de la violence. Ce dévoiement gravissime n’a pu être possible que parce que la justice judiciaire est l’organe qui doit contrôler l’usage du « monopole de la violence physique » par l’État n’a pas voulu remplir cette mission. Cette défaillance qui est aussi une honte essentiellement la responsabilité magistrats du parquet couvrant systématiquement les excès.
Le Conseil constitutionnel
Prévu par la constitution de 1958 comme un organe chargé de vérifier la conformité avec la constitution des lois votées par le Parlement. Ce contrôle ne pouvait avoir lieu qu’avant leur promulgation, et ne pouvait être déclenché que par le président de la république, le président de l’Assemblée nationale ou le président du Sénat. Une réforme giscardienne avait élargi le pouvoir de saisine à 75 parlementaires. Une autre réforme absurde voulue par Nicolas Sarkozy permet désormais à tout citoyen de saisir le Conseil constitutionnel de recours contre les lois postérieurement à leur promulgation, faisant peser sur tout l’ordre juridique national un risque imprévisible. Depuis une trentaine d’années, le Conseil s’est malheureusement arrogé un pouvoir de contrôle très élargi sur la loi votée souverainement par les représentants du peuple français, et c’est ainsi qu’au travers d’une jurisprudence très abondante un pouvoir législatif parallèle s’est progressivement mis en place au prétexte d’une défense des principes constitutionnels. Le problème étant que la question n’est plus d’apprécier la conformité d’une loi avec les principes qui organisent la République dont la protection est l’objet même d’une Constitution mais de vérifier sa compatibilité avec une espèce de fourre-tout appelé « bloc de constitutionnalité » dans lequel on a fini par mettre tout et n’importe quoi. Le législateur français est donc sous tutelle d’un organisme dont composition est entre les mains du président de la république, du président de l’Assemblée nationale et du président du Sénat. La fin de la fausse alternance avec la fusion entre droite et gauche réalisée par Macron fait que le Conseil constitutionnel est politiquement très homogène, présidé par Laurent Fabius rejoint tout récemment par Alain Juppé remplaçant Lionel Jospin. Ils n’ont rien à refuser à Emmanuel Macron digne représentant de la caste de la haute fonction publique d’État à laquelle ils appartiennent tous les deux. On imagine le danger pour la souveraineté du peuple en cas de véritable alternance. Pour l’instant, Emmanuel Macron n’a rien à en craindre et peut tranquillement continuer à faire adopter en cadence des textes complètement liberticides sans que cela perturbe ceux que l’on appelle à tort des « sages ».
Le Conseil d’État
Particularité française, le conseil d’État coiffe l’ordre de juridiction chargée de juger et de contrôler la sphère publique. Les juridictions administratives contrôlent la régularité des actes de l’exécutif de l’État central et des collectivités locales. En appliquant le droit administratif français création en grande partie prétorienne, c’est-à-dire issu d’une jurisprudence interprétative abondante. Après avoir construit pendant près de deux siècles une certaine autonomie et ainsi conquis autorité et prestige, il semble malheureusement que le conseil d’État y ait désormais renoncé. Cette est institution massivement composée de représentants de la haute fonction publique d’État issu de l’ENA (comme Édouard Philippe par exemple), qui en général ont fait des allers-retours avec les cabinets ministériels en fonction de l’alternance. C’est pour cela que, soit dans l’institution, soit dans les cabinets gouvernementaux, ils ont été les fourriers de la confiscation de la souveraineté de la république au profit de l’Union Européenne. Le Conseil d’État a été un artisan de l’imposition à l’ordre juridique français de tous les dispositifs nécessaires à l’instauration du néolibéralisme, en transposant en droit interne les concepts du droit européen et notamment celui qui nous corsète aujourd’hui de « concurrence libre et non faussée ».
Mais ce qui est plus grave, on a vu depuis quelques années des décisions juridiquement très discutables comme autant de services aux pouvoirs en place.
Il y a eu le très surprenant renversement de jurisprudence pour permettre à Bertrand Delanoë de faire un cadeau de 160 millions d’euros de fonds publics avec la construction aux frais de la ville du stade Jean Bouin. Un arrêt rendu en urgence pour réformer en deux mois un très étrange arrêt rendu en deux mois pour valider la vente illégale de l’aéroport de Toulouse par Emmanuel Macron à un consortium chinois. Et tout aussi récemment le refus d’interdire l’usage du LBD. On s’en tiendra là car malheureusement, la liste pourrait être longue.
La Cour des Comptes
Cette juridiction particulière contrôle normalement les comptes de l’État et coiffe elle aussi un ordre de juridiction où les Chambres Régionales des Comptes ont les collectivités locales en charge. La soumission de cet organisme à la secte de l’Inspection Générale des Finances dont le repère est à Bercy est notoire en particulier depuis la présidence du socialiste Migaud nommé par Nicolas Sarkozy. Ses cibles sont en général celle que le pouvoir leur désigne. Et on peut lui faire confiance pour relayer toutes les obsessions sur les critères de Maastricht et sur le problème de la dette. En revanche quand il s’est agi de chiffrer la fraude fiscale, les collègues de François Hollande se sont dits incapables de le faire ! On s’en tiendra là, inutile de charger la barque de la caricature.
La question du quatrième pouvoir, celui de la presse
La presse est considérée depuis fort longtemps comme un contre-pouvoir dans une démocratie représentative. C’est la raison pour laquelle sa liberté et ses privilèges sont protégés. Cela explique aussi le statut qui fut mis en place la libération pour la faire échapper à l’emprise des grands pouvoirs économiques. Cette période est définitivement terminée. La grande presse française est entre les mains de neuf oligarques qui tiennent la presse écrite et audiovisuelle. Le rôle qu’ils ont joué à l’avènement d’Emmanuel Macron est suffisamment clair pour que personne ne puisse avoir de doute concernant leur soutien à Emmanuel Macron qui est directement leur représentant.
Toutes les études démontrent l’aversion et la défiance de l’opinion publique populaire pour cette presse, considérée comme aux ordres du pouvoir. Son attitude pendant la crise des gilets jaunes et au moment des luttes contre la réforme de la retraite n’a pas été susceptible leur faire changer d’avis.
Et comme au ralliement de tous les organes juridictionnels de contrôle s’est ajouté celui des plus importantes Autorités Administratives Indépendantes et en particulier du CSA chargé du contrôle de l’audiovisuel. Qui ne voit aucun inconvénient par exemple à ce qu’en violation de la loi, le service public refuse le pluralisme pour relayer servilement la propagande de l’exécutif.
Il n’y a plus en France de quatrième pouvoir digne de ce nom.
Conclusion
Cette description démontre que sous Emmanuel Macron, il n’existe plus en France de réelle séparation des pouvoirs et de mécanismes d’équilibres et de contrôles. Le dispositif nécessaire à une démocratie représentative le fonctionne plus. Il n’est donc n’est pas excessif de considérer que les trois, voire les quatre pouvoirs qui devraient être séparés ont fusionnés sous l’autorité et dans l’intérêt du chef de l’exécutif. Cette situation inouïe range la France dans la catégorie des pays où il n’y a pas de séparation des pouvoirs. La fusion du « bloc élitaire » concept avancé par Jérôme Sainte-Marie qui a été réalisé par Emmanuel Macron a mis fin à la « fausse alternance » de deux blocs droite et gauche qui se succédaient au pouvoir depuis 1980. Les deux épiciers concurrents, se fournissant au même grossiste selon l’heureuse formule de Philippe Séguin permettaient cependant, un certain équilibre et cahin-caha, préservait un peu la séparation des pouvoirs.
C’est terminé.
Or que nous dit l’article 16 de la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 :
« Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution ».
Par conséquent, le cadre juridique et institutionnel dans lequel Emmanuel Macron exerce son pouvoir n’est plus constitutionnel. C’est la condition de légalité constitutionnelle nécessaire à sa LÉGITIMITÉ qui manque cette fois. En conséquence, à cause cette façon de gouverner et du régime qu’il a mis en place, il ne dispose pas non plus de la reconnaissance sociale nécessaire à la légitimité.
Par son arrivée au pouvoir illégal et l’exercice de celui-ci qui l’est tout autant, Monsieur Macron est doublement illégitime à occuper la charge de président de la république française. Il nous a imprudemment proposé sa définition de la dictature : « Une dictature, c’est un régime ou une personne ou un clan qui décide des lois. » Désolé Monsieur Macron, mais c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui en France. Les Français ne pensent peut-être pas vivre dans une dictature mais ils savent désormais leur président illégitime et ne l’acceptent plus.
Ils aspirent à retrouver leur démocratie représentative républicaine.
Et pour cela il est nécessaire qu’Emmanuel Macron et sa bande s’en aille.