mardi 9 mai 2017

Lettre ouverte à la gauche bien pensante qui a cru stopper l'extrême droite en votant pour l'ultra libéral Emmanuel Macron

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Avec 66 % des votes exprimés, dont les vôtres chers militants de gauche, le banquier Emmanuel Macron devient le nouveau monarque de notre chère République, cinquième du nom. Félicitations, vous avez gagné !
Vous voilà pêle mêle, confondus avec Christine Lagarde, la patronne du FMI, Laurence Parisot, la patronne du Medef ainsi que la quasi totalité des dirigeants des grandes entreprises et de tous les actionnaires du CAC 40 qui ont soutenu également Macron !
Alors que vous étiez invités au « Ni-Ni », au « NI fascisme, NI libéralisme », vous avez courageusement appelé à voter pour le trader représentant de la haute finance, du libéralisme, bref du capitalisme !
Vous savez, le capitalisme dont Jaurès disait qu'il portait en lui la guerre. Et qu'est-ce que le fascisme sinon l'étape ultime du capitalisme !

Vous pouvez toujours clamer que votre vote pour macron est en fait un vote contre le FN, vous êtes complices du résultat, donc de ses conséquences.
Il va vous falloir assumer devant l'histoire !
Car vous n'étiez pas obligés d'amener votre voix, et vous savez bien que vous ne risquiez objectivement pas grand chose en vous abstenant, en votant blanc ou nul.
Que se serait-il donc passé dans le cas de Marine Le Pen arrivant en tête ? :
  • les acquis sociaux auraient-ils été menacés, détruits ? C'est déjà fait !
  • Aurions-nous été en état d'urgence ? C'est fait et pour longtemps !
  • les migrants auraient-ils été pourchassés, fichés et fliqués ? C'est déjà fait !
  • Les travailleurs auraient-ils été plus précarisés, délocalisés, licenciés ? C'est déjà fait grâce à la gauche en particulier !
  • Les travailleurs en lutte pour leurs droits auraient-ils été davantage criminalisés, menés devant les tribunaux, jetés en prison ? Le quinquennat socialiste n'a rien à envier au précédent, sarkozyste, non ?
  • Y aurait-il eu plus de bavures policières, d'arrestations arbitraires ? C'est pas mal non plus depuis quelques années, il n'y a d'ailleurs plus de bavures, mais des situations de légitime défense.
Encore un petit effort, on y arrive au fascisme, sans avoir besoin du FN !
Parce que la réalité que vous refusez de voir c'est bien celle-là : la barbarie capitaliste existe et s'accélère depuis des décennies sans que le FN ait une quelconque responsabilité, n'ayant jamais été au pouvoir au niveau national.
Vous savez bien que c'est le libéralisme porté par la droite comme par la gauche à laquelle vous dites appartenir qui est le responsable de la situation actuelle, avec en corollaire la montée de l'extrême droite.
Celle-ci, Inexistante aux présidentielles de 1981, totalise aujourd'hui 34 % des exprimés !

Considériez-vous qu'aucune résistance populaire n'aurait pu s'exprimer en cas de victoire du FN ?
Que cette situation n'aurait pas permis de déclencher une révolution sociale ?
C'est accorder au peuple moins d'importance et de confiance qu'à vos isoloirs et vos urnes pourtant cercueils de toutes vos illusions depuis si longtemps ! A propos des élections qui semblent pour vous le seul moyen de changement, auriez-vous oublié qu'après les présidentielles il y a les législatives en juin ?
Vous auriez pu grossir les 33 % qui ont refusé la mascarade électorale du deuxième tour.
Par l'abstention, le vote blanc ou nul, vous pouviez montrer votre réelle opposition au système capitaliste, qu'il est pour visage Sarkozy, Hollande, Macron ou Le Pen, vous pouviez montrer votre volonté de rejoindre tous ceux qui combattent pour notre émancipation collective.
Vous nous laissez seuls, une fois de plus ! Et comme d'habitude vous nous regarderez en prendre plein la gueule dans les manifestations, lors d'occupations etc.

Désormais et pour cinq années, en partie grâce à vous, ce pays va être dirigé comme une entreprise avec un vrai patron de choc, un manager formé aux écoles du capitalisme décomplexé !
Après Chirac il y a 15 ans, Sarkozy puis le choix de Hollande pour virer sarkozy, et enfin Macron pour éviter Marine Le Pen : cette manie du « moindre mal » a quelque chose de désespérant et de pathétique ! La cinquième république vient d'entrer en phase terminale dans son processus de décomposition.
La célébration de la victoire au palais du Louvre, ancienne résidence des monarques, est un signe qui ne trompe pas : La pyramide du Louvre, c'est quand même autre chose que la statue de la république, place du même nom !

Quelle journée que ce dimanche 7 mai 2017 auquel vous avez si bien contribué ! Quel beau défilé avec toutes ces femmes et ces hommes d'importance, se rendant dans une réelle communion d'esprit et de coeur aux urnes afin d'y déposer avec ordre et sur ordre le bulletin Macron.
  • En ouverture du défilé, il y avait toutes les grandes figures du Parti socialiste, vous savez, ce parti qui alors qu'il avait désigné son candidat lors de primaires payantes, décida de le renier dès le lendemain (et sans rembourser les électeurs de Hamon !). Mais il est vrai que la recomposition du paysage politique ne peut se faire sans dégâts, c'est d'ailleurs ce que les experts en la matière, Bernard Kouchner et Jacques Attali expliquaient au petit Benoît Hamon,
  • Venait derrière l'ex-frondeur sacrifié sur l'autel de la social démocratie tout le reste de la classe politique : Daniel Cohn Bendit, le soixanthuitard converti au capitalisme vert et durable, Bertrand Delanoé et Anne Hidalgo, portant tous deux une pancarte « Je suis Paris, je suis Macron ! », l'ex dirigeant communiste Robert Hue et le nouveau, Pierre Laurent sans doute au nom de la continuité de la ligne politique du « Parti qui comme chacun le sait a toujours raison », le toujours très réactionnaire Nicolas Sarkozy suivi du séminariste François Bayrou, lui-même suivi de l'intégriste François Fillon tenant par le coup la fringante Frigide Barjot...J'ai même aperçu Alain Madelin l'ex dirigeant facho d'Occident, c'est dire !
Toute la classe politique, vous dis-je ! Un grand moment d'union sacré !
  • Quelle émotion de voir main dans la main Laurent Berger et Philippe Martinez, la CFDT et la CGT enfin réunies pour célébrer l'union sacrée des travailleurs, l'avènement du corporatisme et du bien commun. A noter qu'ils étaient tous deux entourés et protégés par nombre policiers dont Jean Claude Delage, le patron du syndicat Alliance de la Police Nationale. A voir leurs mines réjouies, ils devaient se raconter quelques histoires de manifestations,
  • Quoi de plus logique qu'arrivent derrière, en procession solennelle, pour compléter la Sainte alliance, les autorités religieuses, juive, musulmane et protestante ; le Vatican, quant à lui avait envoyé quelques représentants de ses organisations caritatives, Emmaüs et le Secours catholique en particulier, ainsi que diverses ONG,
  • Et cette belle banderole « Justice, égalité, sécurité, fraternité » portée par les représentants des milliers d'avocats ayant appelé à voter pour l'auteur de la « Loi Travaille ! »
  • Puis ce fut la quasi totalité de l'élite intellectuelle de notre cher pays venue également défendre les valeurs républicaines. J'y ai reconnu Christophe Habas grand maître du Grand Orient De France (GODF), suivi de nos grands philosophes, tels que Bernard Henri lévy et Alain Minc, des représentants du monde scientifique, comme le mathématicien Jean Pierre Kahane etc.
  • Suivaient les grands patrons de la presse libre, indépendante et démocratique comme il se doit en pareille circonstance, les représentants du show bizz avec en porte drapeau les plus anciens, Geneviève de Fontenay, Guy Bedos et Line Renaud précédant Dany Boon avec son affiche « Macron, pour le respect et le souci de l'autre », Jacques Weber, le socialiste Pierre Arditi bras dessus dessous avec le chiraquien Patrick Sébastien, le désenchanteur Renaud pas plus bourré que d'habitude dissertant sur les « Valeurs comparées de la Monarchie et de la République » avec Stéphane Bern,
  • Et pour terminer dans une note dynamique ce magnifique défilé des électeurs convertis au macronisme actif, David Douillet venu témoigner « Des bienfaits de la mixité sociale en milieu sportif », ainsi que de l'importance du ramassage des pièces jaunes,
  • J'ai même vu le millionnaire Pierre Bergé, pour vous dire que, comme aux Galeries lafayette on trouvait vraiment de tout faisant la queue pour aller voter Macron.
Quand même, ne vous êtes vous pas, un seul instant, demandé ce que vous fichiez dans cette galère, vous militants de gauche ?
Vous y étiez donc, je vous y ai vu, aperçu. Parfois avec difficultés car vous n'aviez pas de pancarte « La Gauche avec Macron ! » mais uniquement des pancartes « Non au FN ! ». De plus, beaucoup d'entre vous étaient déguisés, comme en 2002, avec des oreilles à Mickey, des gants et pinces nez.
Rappelez-vous, il y a 15 ans de cela, quand vous étiez allés voter Chirac avec des gants afin de ne pas vous salir les mains avec le bulletin et avec des pinces sur le nez pour éviter les odeurs émanant de la droite chiraquienne.
Au fait, l'odeur du libéralisme macronien est-elle plus supportable que celle du libéralisme chiraquien ?

Devrai-je vous remercier ? Moi qui ne vous avait rien demandé, me voici grâce à vous dans la même mouise qu'auparavant, ne pouvant décidément pas compter sur vous.
15 ans que cela dure ! 15 ans d'un avenir mis entre parenthèses, grâce à vous !
Grâce à vous qui faites partie des 66% d'électeurs qui ont donné les clefs de l'entreprise France au manager Macron, celui-ci va pouvoir dès cet été pendant que vous bronzerez à la plage, terminer la modernisation du code du travail, pour le plus grand bonheur du Medef.
Il l'a promis, à coups d'ordonnances et de 49,3, en vrai patron couillu, nom de dieu !
Grâce à vous, une ère nouvelle s'annonce, où patronat et syndicats vont pouvoir oeuvrer ensemble au bien commun. Finies ces éternelles revendications intempestives, ces grèves prenant les citoyens en otage, ces manifestations prétexte aux bagarres de rues et aux provocations policières.
Alors l'avenir, comment le voyez-vous ? L'extrême droite est-elle à l'agonie du fait de la victoire de Macron ? Bien sûr que non, et la poursuite de l'ultra libéralisme ne peut qu'amener à la barbarie et à la boucherie, comme en 14, comme en 39 !
  • Dans les années 80, le FN n'existait pratiquement pas et n'eut d'ailleurs pas de candidat aux présidentielles de 1981,
  • A l'inverse, il n'a cessé de grandir grâce aux politiques des forces de droite et surtout de gauche : 14,38% en 1988, 15% en 1995, 16,86% en 2002 (deuxième devant Jospin), 10,42 en 2007, 17,9% en 2012 et 21,7% au 1er tour des élections présidentielles de 2017 !
34 % au deuxième tour, soit son plus haut score depuis ses origines !
La force politique la plus importante à l'heure actuelle, que vous le vouliez ou pas.
Et ces femmes et ces hommes qui auront voté FN sont-ils donc tous des fascistes avérés ?
Comment, par votre vote, les considérez-vous ces femmes et ces hommes qui certes, se sont trompés, en votant FN, mais qui pour beaucoup l'ont fait par désespoir, écoeurés de toutes ces trahisons subies en particulier par la gauche parlementaire en laquelle ils croyaient !
Assumez ! En partie grâce à vous ces femmes et ces hommes sont condamnés à la double peine :
  • Etre toujours plus exploités, délocalisés, licenciés par l'entreprise Macron et condamnés par les tribunaux de votre République,
  • Etre stigmatisés comme de fiéfés fascistes illétrés et alcooliques.
Faites tout de même attention : la rupture des solidarités et des protections, la privatisation du lien et du bien social va jeter encore plus dans les bras du FN des bataillons de travailleurs démoralisés que vous trouvez trop agressifs !

En partie grâce à vous qui venez de participer à ce plébiscite en faveur du trader, en toute sérénité et sans contestation possible, nous allons assister à l'application d'un programme digne de cette période d'un capitalisme en phase terminale: remise en cause totale du vieux code du travail, diminution des retraites qui durent trop longtemps, suppression de la sécurité sociale qui coûte trop cher etc.
Grâce à vous, l'ubérisation totale de toute la société est en route.
Que pourrez-vous contester puisque c'est en partie grâce à vous, à vos voix que ce jeune et fringant représentant du Medef et de la haute finance va pouvoir se targuer d'être légitime.
Pour terminer, si votre conscience vous tiraille un peu, vous pourrez toujours continuer de militer en tweetant des trolls sur face de bouc, vous indigner du prix de la carotte bio sur change.org ou encore vous rebeller en jouant aux dames patronnesses aux restaus du coeur.
Le caritatif a un bel avenir, lui !
Le moins que puisse faire ce cher président que vous venez d'élire, c'est de vous confier collectivement le ministère de « la servitude volontaire ».
Vous l'avez bien mérité !

« Allez ! Allez, gens de la foule ! Allez, électeurs ! Aux urnes...et ne vous plaignez plus. C'est assez. N'essayez pas d'apitoyer sur le sort que vous vous êtes fait. N'insultez pas, après coup les maîtres que vous vous donnez »
Zo d'Axa
(Alphonse Gallaud de la Pérouse, individualiste libertaire, antimilitariste, pamphlétaire,

créateur du journal l'en dehors - 1864/1930)

jeudi 4 mai 2017

CGT : Un rejet du NI-NI de Philippe MARTINEZ sans mandat confédéral !


Publié par El Diablo


Extrait d'un article du "Parisien"
                      du 30 avril 2017
Extrait d'un article du "Parisien" du 30 avril 2017
Nous nous étonnons de la très récente déclaration de Philippe Martinez au Parisien le 30 avril 2017 concernant l'attitude de la CGT pour le deuxième tour de la présidentielle.
"Le ni-ni, ce n'est pas la position de la CGT. Cela veut dire qu'il faut aller voter, c'est clair."
Qui a décidé de cette position à la CGT ? A notre connaissance ni la plus récente Commission exécutive ni le Bureau confédéral !
L'orientation confédérale a été statutairement fixée à la Commission exécutive du 19 avril traduite après le premier tour par la déclaration du 25 avril.
Et qu'indiquent les déclarations ?
Commission exécutive du 19 avril 2017 :
"La Direction confédérale affirme qu'il faut faire barrage à l’extrême droite,
qu'aucune voix ne doit aller au Front national et se mobiliser pour le progrès social"
La déclaration confédérale du 25 avril 2017 :
"L’utilisation des peurs, du terrorisme, les amalgames éhontés entendus lors de la campagne, la xénophobie, le racisme, le sexisme et l’homophobie, la préférence nationale ne résoudront pas les inégalités, le chômage et les bas salaires.
La CGT les combat et les combattra sans relâche ! Elle n’aura de cesse de faire barrage à l’extrême droite ! Pas une voix ne doit se porter sur sa candidate !"
Le sens de ce positionnement est donc parfaitement clair :
Pas de vote Le Pen MAIS pas de ralliement non plus au vote Macron car à partir de cette position 2 possibilités sont ouvertes aux militants et aux organisations : SOIT le vote Macron pour ceux qui demeurent dans l'idéologie-barrage du front républicain si cher au PS, SOIT l'abstention, le vote nul, le vote blanc.
Le rejet du Ni-Ni constitue un appel déguisé au vote Macron qui n'est pas dans le mandat de la CGT.
La condamnation du Ni-Ni de Philippe Martinez exprime donc une opinion strictement personnelle en contradiction avec le mandat confédéral !
Surtout le ralliement déguisé à un vote Macron sous la pression de l'establishment médiatique ne correspond ni à l'intérêt des travailleurs ni au positionnement de nombreuses structures (UD, syndicats ...) de la CGT qui refusent le choix d'un Front républicain bidon qui cautionne de fait la politique réactionnaire de Macron en utilisant l'épouvantail FN.
Car à notre connaissance le candidat et ses représentants n'annoncent nulle part, à titre de signe vers le monde du travail, qu'ils renoncent au détricotage du code du travail, qu'ils envisagent l'abrogation de la loi travail, qu'ils réfléchissent à la réduction du temps de travail ...
NON ! ils réaffirment fortement leur volonté d'appliquer intégralement leur programme et donc le vote Macron forcément conforterait la légitimité de leur entreprise au service du capital et de la finance !

Rétrospective René Vautier


Boris Vian (10 mars 1920 – 23 juin 1959)

Boris Vian (10 mars 1920 – 23 juin 1959)

Le « A » de Vian est triplement cerclé d’anarchie, d’ironie et d’imagination. Une visite à la Fond’action Boris Vian (dans le village le plus ensoleillé de France, à Eus près de Prades, Pyrénées-Orientales) est une leçon sur l’art de décaler les sons afin de produire du sens régénérateur.
En Limousin, Vian aimait s’arrêter à Mortemart, chez son ami l’éditeur de poésie René Rougerie.
Équarisseur de 1ère classe au collège de ‘Pataphysique créé en mémoire d’Alfred Jarry, Boris réussissait sur n’importe quel sujet à trouver des solutions imaginatives, novatrices et humoristiques.
Il se savait condamné par sa malformation cardiaque (aorte trop grosse) et avait conscience que seuls l’enthousiasme, la passion et la joie font reculer la mort.
Le « doux libertaire », comme l’appelait son épouse Ursula Kubler-Vian, est un déserteur de toutes les guerres (pas un jeune pour l’armée !). Cette lucide conscience insoumise veut anéantir le militarisme (l’armée tue et n’a pas le droit d’exister !). Il pressent l’écrasement des civils par les bombes atomiques.
Il ne pense qu’à alléger les souffrances par l’insurrection anarchiste qui mettra dans un sac poubelle tous les généraux et leurs sinistres goûters. Que ceux qui veulent se battre pour la patrie aillent donc se faire tuer avec les professionnels du crime !
Pour aider à se défaire de nos idées toutes faites, Vian nourrit le monde de ses poésies et de 400 chansons au jazz consolateur, dont plusieurs seront interdites.
Dans la Java des bombes atomiques, il réussit à se débarrasser d’un coup de tous les chefs d’État, beaucoup mieux que Caserio qui, en 1894, n’avait éliminé que le corrompu Carnot. En 1954, il monte même une pièce de théâtre pour réhabiliter la bande à Bonnot.
Ce phare de l’esprit critique s’est éteint à 39 ans, mais son optimisme amoureux des humains brille encore dans nos cœurs.
Merci à René Bourdet pour ce rappel salvateur et cette décontraction jouissive, si précieux en ces périodes de farces électoralistes !
CIRA Limousin (Centre international de recherches sur l’anarchisme)
Annonce de la soirée du jeudi 11 mai 2017, à 20 h 15

Au 64, avenue de la Révolution, Limoges

lundi 24 avril 2017

Pourquoi prendre le pouvoir par la force quand la démocratie vous l'offre par les urnes ?

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Question à x euros : Emmanuel Macron est-il plus démocrate, et en quoi, que Marine Le Pen ?
Autrement dit que penser de la démocratie représentative quand celle-ci ne devient plus qu'une fabrique d'hommes de pouvoir qui dans le contexte d'un capitalisme en crise et face aux volontés d'émancipation des travailleurs, ne peuvent qu'avoir à terme des politiques ultra autoritaires et violentes...

Le plus extraordinaire dans cette escroquerie intellectuelle que sont les élections, paraît-il garantes de nos démocraties modernes (et bien sûr durables, çà va de soi !), c'est qu'elles permettent l'arrivée au pouvoir d'hommes qui, refusant l'idée même de démocratie s'empressent d'en combattre le moindre des principes dès qu'ils sont au pouvoir.
A l'heure du « Tous pour Macron afin d'éviter Le Pen », les bonnes consciences de gauche comme de droite vont ainsi avaliser les pratiques antidémocratiques que le financier Macron a expérimenté quand il était ministre de l'économie, telles que la Loi « Travaille ! », l' ubérisation sociale, le tout à coup de 49.3 en guise de débat !
Mai 2017 ou le CAC 40 à l'Elysée !
Et tout cela dans la plus grande légalité républicaine !
Les élections sont bien de fait la première étape dans la fabrique d'apprentis dictateurs !

L'histoire regorge d'hommes politiques devenus de vrais dictateurs à peine arrivés au pouvoir non pas par un coup d'état mais légalement, par les élections, en fait grâce à l'assentiment et à la crédulité des peuples.
Cette incohérence fondamentale fut démontrée et analysée dans le célèbre « Discours de la servitude volontaire » écrit en 1576 par un certain Etienne de la Boétie. Sur une cinquantaine de pages l'auteur y dénonçait avec une incroyable lucidité la servilité des peuples, leur désir de soumission.
La leçon politique, éthique et morale de la Boétie est contenue dans ce questionnement central : « Comment il se peut que tant d'hommes supportent un tyran seul qui n'a de puissance que celle qu'ils lui donnent... ? ». Et à propos des tyrans, il en désigne trois sortes : « Celui qui vient au pouvoir par les armes, celui qui vient du fait de la succession de la race et enfin celui qui y vient par l'élection... ».

Ainsi donc les élections modernes, comme les conquêtes du passé, amènent bien au pouvoir des dictateurs, le chéquier ayant remplacé l'épée et le costume 3 pièces l'armure !
Effectivement dans nos dites « démocraties modernes », pourquoi risquer l'échec d'un coup d'état faisant toujours un peu désordre, quand les élections vous garantissent l'arrivée au pouvoir.
Les mêmes castes dirigeantes sont ainsi portées par les peuples qui n'ont même pas la possibilité (la volonté ?) de contrôler les mandats, et encore moins le pouvoir de révoquer ceux qu'ils ont nommer et qui les trahissent !

Les suicides démocratiques sont ainsi légion dans notre histoire moderne :
  • En 1848, malgré l'assassinat de masse en juin, les classes populaires portent au pouvoir en décembre un certain Louis-Napoléon Bonaparte, futur Président puis monarque, avec l'assentiment du plus grand nombre,
  • En Italie, Benito Mussolini arrive au pouvoir légalement par les urnes le 16 novembre 1922,
  • Même chose en Allemagne, en juillet 1932, où le Parti national-socialiste obtient 37 % des voix, ce qui amènera l'année suivante la désignation d'Hitler comme chancelier du Reich,
  • En France, le 10 juillet 1940, la Chambre des députés et le Sénat de la IIIème république proclame, au nom du peuple, allégeance à Philippe Pétain et à son Gouvernement collaborateur de l'occupant nazi,
  • En Afrique, Robert Mugabe dirige et dévaste le Zimbabwe depuis 1980, date où il est arrivé au pouvoir par les urnes. Même chose au Gabon avec la saga des présidents Mba et Bongo. Que dire du Sénégal et de Félix Houphouët-Boigny au pouvoir durant plus de 30 ans en Côte-d'Ivoire ? Même chose en Tunisie avec Habib Bourguiba et ses 31 années de pouvoir ? Et Sékou Touré en Guinée gardant le pouvoir jusqu'à sa mort...
  • En Turquie, le modèle démocratique à la sauce Erdogan est là pour nous rappeler que les peuples sont capables de voter pour des dictateurs à la poursuite du pouvoir absolu.
  • Même conception ultra autoritaire en Russie et autres pays de l'Est, tel la Hongrie où le parti d'extrême droite de Viktor Orban est au pouvoir grâce aux urnes depuis avril 2010...
Dans tous ces exemples les hommes ont conquis le pouvoir par les urnes !

Alors que cela devrait pour le moins interpeller le citoyen lambda, il semble que l'acte de voter se suffise à lui-même !
Peu importe les mensonges, trahisons et reniements du leader choisi pourvu que l'on ait déposé le bulletin de vote dans l'isoloir avant de rentrer chez soi pour n'en ressortir que quelques années plus tard afin de remettre un nouveau bulletin dans l'urne cercueil des illusions.
Et cela ne s'arrêtera que lorsque le peuple aura compris que çà n'est pas par les élections qu'il pourra s'émanciper.

L'on va bien sûr me dire que j'exagère en considérant que tous les chefs d' Etat sont des dictateurs au sens classique du terme. Bien sûr que non, mais ce qui est vrai c'est que dans nos sociétés de plus en plus malades du capitalisme, les gouvernements qui n'ont pas pour but de renverser le système ne peuvent que le maintenir à coup de répression et de criminalisation des luttes sociales.
Partout dans le monde et en Europe en particulier on observe le durcissement de la plupart des gouvernements vis à vis des peuples qui revendiquent un meilleur vivre !

Mais qui met au pouvoir ces gouvernants de plus en plus ultra autoritaires si ce n'est le peuple ? Tout au moins qui les tolère et les maintient si ce n'est ce même peuple ?
Les faits sont pourtant là pour témoigner que la moindre des conquêtes sociales, économiques n'a pas été gagnée par les élections mais bien par la rue et les luttes dans l'entreprise !
Par la lutte des classes, tout simplement et il serait temps d'y revenir de manière radicale face à la barbarie de plus en plus présente !

Alors aujourd'hui, en France, dans une Vème république en pleine décomposition, née d'un coup d'état gaulliste, quel choix pour le deuxième tour, entre le banquier Macron et la chemise brune Le Pen ?
Comme en 2002, la gauche néo marxiste va t-elle appeler à voter pour la droite macronienne, avec des gants et en se pinçant le nez !
Au nom du pacte républicain le « peuple de gauche » va évidemment être appelé à voter pour le banquier héritier des maîtres des forges, et dont il faut rappeler qu'il est le véritable auteur de la Loi El Khomri et du projet d'ubérisation de la société.
Dont acte !
J'ose espérer que non...

Avec Macron, nous serions rendus dans l'ère du « Ni gauche, Ni droite » ?
Faux ! Nous sommes objectivement dans une société véritablement ancrée à l'extrême droite. Au soir de ce premier tour des élections présidentielles près de 70 % des électeurs ont répartis leurs suffrages entre :
  • Macron, l'homme du grand patronat (23,9%),
  • Le Pen la néo-fasciste (21,4%) et son double Dupont Aignan (4,7%), soit 26,1 %
ce qui en fait la première force politique,
  • Fillon le catho intégriste (19,9%).
70 % de citoyens se retrouvent donc au moins en partie dans les valeurs défendues par les hommes et femmes ci-dessus.
La voilà la preuve de la fabrique des futurs dictateurs par l'élection !

Cela ne peut qu'inquiéter quand par soustraction et en ne comptant pas les 6,3 % d'un Hamon, représentant d'un parti socialiste à classer définitivement à droite de l'échiquier politique, la « gauche néo marxiste » des Ménenchon, Artaud et Poutou totalise à peine 21 % des suffrages !

Et une fois de plus grâce à cette magnifique supercherie que sont les élections, un système qui ne considère les hommes que soumis va pouvoir se perpétrer grâce à la complicité du peuple !
Sous l'Ancien régime le peuple subissait les tyrans, avec la République, il les choisit !

C'est bien ce que disait déjà au 16ème siècle Etienne de la Boétie dans son « discours de la servitude volontaire »: « le tyran asservit les sujets les uns par les autres. Il est gardé par ceux dont il devrait se garder...les hommes se contentent d'endurer le mal et d'en faire, non à celui qui leur en fait, mais bien à ceux qui, comme eux l'endurent... ».

Alors, le choix est simple : continuer à « jouer aux élections » et fabriquer les tyrans à venir, ou choisir une fois pour toutes la seule alternative aux élections : la lutte des classes !